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Σάββατο, 15 Σεπτεμβρίου 2012

[FR] LA GRECE BATIT IN MUR SUR LA FRONTIERE TURQUE


Mathieu Martiniere
Malgré la crise, Athènes dépense des millions pour un ouvrage «contre l’immigration» qualifié d’inutile. Reportage
Dans son pick-up gris, Evanghelis Maraslis, l’excentrique maire adjoint du village grec de Nea Vyssa, file, à pleine vitesse, le long de la frontière turque. De part et d’autre d’une petite route terreuse, on trouve des champs, des paysans et des soldats. Au loin, des miradors. «A gauche de la route, c’est la Grèce. On cultive des asperges et de l’ail. A droite, c’est la Turquie, qui produit du riz. Le mur sera construit entre ces champs», explique Evanghelis.
Sur 12kilomètres de frontière terrestre avec la Turquie, la Grèce a décidé au début de 2011 de construire un mur de barbelés équipé de 25 caméras thermiques. Les 200kilomètres restants, limitrophes avec le voisin turc, étant séparés naturellement par le fleuve Evros. En février 2012, un échantillon du mur a été inauguré. Au début de mai, dans l’ombre des médias, les travaux de terrassement ont débuté. L’enjeu est énorme: entre 200 et 300 migrants entrent chaque jour clandestinement en Grèce par la Turquie. Ce qui représenterait plus de 80% de l’immigration clandestine de l’Union européenne.
48 morts en 2011
A Nea Vyssa, village agricole de 2000 âmes, les habitants continuent de voir passer, tous les matins, des dizaines de migrants en provenance d’Afghanistan, du Bangladesh ou encore d’Afrique subsaharienne. «Hier, la police a cueilli 50 immigrés qui avaient franchi le fleuve», confie Katarina, une villageoise. Chaque nuit, sur des bateaux pneumatiques surchargés, les migrants tentent la traversée périlleuse de l’Evros. Parfois, au péril de leur vie. En 2011, 48 corps ont été repêchés dans le fleuve.
Ceux qui passent par les 12kilomètres de terre déambulent dans les rues de Vyssa au petit matin. Volontaires et dociles, ils se rendent à la police, qui leur délivre un avis d’expulsion sous trentejours, puis partent pour Athènes. «Les immigrés ne créent pas de problèmes. Ils ne font que passer. Nous essayons de leur donner à manger, à boire, de collecter des vêtements», explique Anastasio dans un café.
Autour des terrasses ensoleillées de Vyssa, le mur est loin de faire l’unanimité. «Il ne fera que déplacer le problème. Les migrants passeront par le fleuve. Depuis l’arrivée de Frontex (ndlr: la police européenne aux frontières) il y a deuxans, les clandestins ont migré vers le sud», regrette Evanghelis, en sirotant un café glacé.
«Il ne sera pas achevé»
Le coût des travaux, estimé à 3 millions d’euros, sera financé entièrement par le gouvernement grec. L’Union européenne refuse de payer un mur qualifié d’«inutile» par Cecilia Malmström, commissaire chargée des affaires intérieures. Des militants de la région ont créé une association contre le mur: Stop Evros Wall. Diamando, membre du collectif, sourit. «Le mur ne sera jamais achevé. Il a été commencé en période d’élection. Le gouvernement grec voulait montrer à l’Europe qu’il agissait sur l’immigration», affirme-t-il.
Car le problème reste immense. Depuis cinqans, la Grèce connaît une explosion migratoire, alors que les frontières maritimes de l’Italie et de l’Espagne ont été renforcées. En pleine crise économique, avec 2 millions d’immigrés pour 11 millions d’habitants, la Grèce est devenue un véritable Etat tampon. En parallèle, un réseau mafieux international se développe, avec comme plaque tournante Istanbul. Les passeurs, souvent turcs ou afghans, demandant jusqu’à 10000euros pour aller jusqu’en Grèce.
Par Mathieu Martiniere le 14.05.2012 à 20:20

http://journal.tdg.ch/grece-batit-mur-frontiere-turque-2012-05-14-0