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Παρασκευή, 31 Αυγούστου 2012

[FR] MUR ENTRE GRECE ET TURQUIE: A NOUVELLE BARRIERE, ROUTE


Eric L Helgoualc h
Journaliste
Dans certains quartiers d’Athènes, des comités de quartiers appuyés par des groupuscules ultranationalistes s’affrontent régulièrement à des groupes de migrants soutenus par des militants d’extrême gauche. Pour Christos Papoutsis, la situation est devenue critique. « La société grecque a atteint les limites de ce qu’elle pouvait accepter en matière d’immigration illégale. »
Au point qu’il a fallu se résoudre à envisager la construction d’une barrière à la frontière d’un pays candidat à l’Union européenne. Frictions en vue entre Bruxelles et Ankara...

En Israël, un camp de réfugiés à la frontière égyptienne

En Israël, ce sont 35 000 migrants africains qui ont franchi la frontière avec l’Egypte au cours des quatre dernières années. D’après les associations de défense des droits de l’homme, la plupart sont des réfugiés fuyant la guerre civile au Soudan et le régime dictatorial d’Erythrée.
Pour des raisons historiques évidentes, les Israéliens sont partagés entre la compassion envers ces victimes de persécutions et la peur d’une invasion. Benjamin Netanyahou a choisi, non sans arrière-pensées électorales, de présenter l’affaire sous l’angle de la menace :
« Cette vague grossit et menace l’emploi des Israéliens. Elle change le visage de l’Etat d’Israël et nous devons l’arrêter. »
En plus de la barrière, le Premier ministre a annoncé l’installation dans la Néguev d’un camp de réfugiés pouvant accueillir 10 000 personnes. Anticipant sans doute les parallèles douteux que ne manquera pas d’inspirer cette décision, le gouvernement israélien a pris soin de préciser que dans ce camp, les migrants seraient nourris, logés, en échange de quoi ils auraient interdiction de travailler.

Les protections se renforcent ? L’itinéraire des migrants change

L’autre point commun entre ces deux événements, c’est qu’on peut y voir une conséquence des politiques menées depuis dix ans par certains pays membres de l’Union européenne pour juguler les flux migratoires.
Confrontées aux débarquements réguliers de migrants, l’Espagne et l’Italie ont renforcé la surveillance de leur littoral, en recourant pour cela à des moyens quasi-militaires et en nouant des accords de coopération avec les pays de départ, sans être regardants sur leur respect des droits de l’homme.
Les côtes andalouses, les Canaries et Lampedusa ont ainsi été rendues à la délectation des touristes. Mais en obstruant progressivement les portes d’entrée vers l’Europe, les gouvernements concernés n’ont pas mis fin à l’immigration : ils n’ont fait qu’en déplacer les routes. Avec pour conséquence de prolonger l’errance de plusieurs milliers de migrants qui parcourent l’Afrique en quête d’une rampe de lancement vers l’Europe.
La lutte contre l’immigration irrégulière a fini par ressembler à un gigantesque jeu de taquin à l’échelle du bassin méditerranéen.

Les Africains passent désormais par la Turquie et la Grèce

Désormais, c’est en Israël et en Grèce que la partie se joue. En novembre dernier, 80 Erythréens furent pris en otage par des trafiquants à la frontière israélo-égyptienne. Ils étaient partis de Tripoli pour rallier l’Etat hébreu.
Pour les spécialistes des mouvements migratoires, cette information prouve une chose : que l’obstruction de la voie de passage entre la Libye et l’Italie à partir de mai 2009, résultat de l’accord controversé entre Rome et le régime de Kadhafi a poussé un certain nombre de réfugiés à se rabattre vers Israël.
En Grèce, la plupart des migrants viennent du Pakistan, d’Afghanistan, d’Irak ou d’Iran. Pour ces filières, le report s’est fait à l’échelle locale, entre les îles de la Mer Egée et la frontière terrestre avec la Turquie, où le trafic a explosé en 2010.
A tel point que Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, y a dépêché récemment un contingent de 175 hommes pour épauler la police grecque. Sur place, les experts européens ont mesuré une forte proportion de Maghrébins parmi les migrants interceptés.
Ils l’expliquent par l’ouverture de vols low cost entre leur pays et la Turquie. Les « harragas » ne peuvent plus traverser la Méditerranée en bateau, ils prennent donc des chemins de traverse. Quant aux deux hommes retrouvés morts de froid sur les rives de l’Evros à la mi-décembre, ils étaient originaires d’Afrique subsaharienne. Athènes estime qu’un quart des migrants qui franchissent actuellement la frontière de l’Evros vient d’Afrique.

La partie de taquin pourrait se poursuivre en Roumanie et Bulgarie

Rien ne porte à croire que le nombre de migrants diminuera à l’avenir. Surtout pas le retrait annoncé des troupes américaines en Irak et en Afghanistan, ni la reprise économique espérée en Europe. Sans même parler des conséquences à long terme du changement climatique.
La partie de taquin devrait donc se poursuivre. On parle déjà d’un détournement des flux vers la Bulgarie, en attendant la Roumanie. Un facteur qui explique peut-être, à la marge, la décision récente de retarder l’accession de ces deux pays à l’espace Schengen.
En théorie, ce jeu dangereux pour les migrants ne prendra fin que lorsque l’ensemble du pourtour européen aura été bouclé. Mais est-ce seulement possible ? Combien de milliards d’euros faudra-t-il verser à la très lucrative industrie de la sécurité pour se donner l’illusion d’y parvenir ?
Et enfin, question qui préoccupe tous les défenseurs des droits de l’homme : que vont devenir les réfugiés ? Autant de questions qui, en toute logique, devraient faire l’objet d’un débat européen au cours de l’année 2011. Ou pas.


Publié le 06/01/2011 à 11h28

http://blogs.rue89.com/europe-europe-europe/2011/01/06/mur-entre-grece-et-turquie-a-nouvelles-protections-nouvelles-routes-